Couleurs Brûlantes
Théo Robine-Langlois, 2022

Texte écrit à l’occasion de l’exposition de Reda Boussella.

L’atmosphère est moite, c’est l’été. Le soleil ramène des couleurs brûlantes sur les images de mon ordinateur de poche, je me demande comment représenter ses rayons sans trahir les émotions, la chaleur qu’il fait circuler à l’intérieur de mon corps?

Les vendeurs de friandises crient dans le fond et interrompent ma pensée. Je sors mes yeux de l’écran et je regarde autour de moi.

Les corps sont échoués, attendant de rejoindre l’eau salée qui nous rendra tous égaux, avec juste nos têtes qui dépassent, pendant qu’elles flottent.

Dans une vidéo animalière sur mon écran, les éléphants de mer gémissent doucement.

Sur la plage la sensation de chaleur se pose sur ma poitrine et ralentit ma respiration.

Je ferme les yeux et je m’imagine en cheval galopant au bord de l’eau, comme dans un film avec des aristocrates anglais. Le soleil descend dans le ciel, je cabre, ma cavalière descend et m’arrache les couilles d’une main pour jouer aux maracas. Sur un air joyeux je rêve que ma tête de cheval est décapitée, quelqu’un s’en empare et tendrement lui fait du bouche à bouche comme pour tenter de me réanimer, une musique d’harmonica s’échappe de l’échange d’air.

J’ouvre les yeux, des regards circulent sur le bronzage et il reflète le désir.

Des images apparaissent juste au-dessus de la mer, des mirages âgés.
L’amour est là, qui va se ramener à la fête ?

Dans un coin, une éponge en short danse avec une étoile de mer en levant les bras .

Une musique stressée sort d’un haut-parleur bluetooth, une voix auto-tunnée aiguë débite des paroles à un rythme effréné.

On ne sait pas si elles font la fête ou une manifestation de plage.

Tout à coup je ne sais plus comment je suis arrivé là, sûrement depuis ma limousine tunnée en carton.

Je ne sais plus comment repartir, le sable a encrassé mon moteur et mon ordinateur, suis-je condamné à rester contempler les mirages ?

Au loin un ferry arrive, il peut me sauver, me faire retourner quelques semaines ou quelques années dans le passé ou le futur.

Il ne faut pas que je le rate, alors je conduis quelques milliers de kilomètres dans ma voiture en carton.

Elle devient ma maison, comme un escargot, tout ce qui est nécessaire est sur le toit.

Sur les routes de l’Espagne je croise d’autres voitures-maisons-escargots, on devient un troupeau, on roule dans le sable et la poussière nous suit.

On s’arrête seulement dans un bateau et on traverse de nuit, la mer est calme, les processus administratifs se compliquent, car on change de continent.

Les étoiles ne nous sont d’aucune aide dans cette mer de papier.

L’attente et la fatigue se combinent et je retourne à mon écran de poche, dedans, c’est toujours les couleurs de l’été.

Théo Robine-Langlois, 2022.