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Francis Raynaud



Né en 1984 à Clermont-Ferrand, vit et travaille à Rennes

> www.francisraynaud.com

Francis Raynaud est diplômé de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole en 2010. Son travail a été présenté dans des expositions collectives, au Quartier, Centre d’art contemporain de Quimper, à Passages à Troyes, à la galerie du 48 et STANDARDS à Rennes et au Creux de l’enfer à Thiers. Il a été dernièrement invité pour des expositions personnelles au Praticable à Rennes, au Rectangle à Bruxelles ou encore au Village, site d’expérimentation artistique à Bazouges-la-Pérouse.

En résidence de novembre 2015 à janvier 2016.
Exposition «La mer vineuse» du 6 février au 30 avril 2016.



La mer vineuse
Exposition du 6 février au 30 avril 2016.

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Vues de l’exposition La mer vineuse à Passerelle, Centre d’art contemporain, Brest.
Photo : Aurélien Mole © Passerelle Centre d’art contemporain.


On pourrait dire de Francis Raynaud qu’il est un alchimiste du quotidien car il arbore avec panache la figure typique de l’artiste romantique les mains dans la matière. Mais quand la plupart des créateurs exerce sa fièvre créatrice dans la peinture ou la glaise, le jeune rennais se jette à corps perdu dans l’organique aussi domestique que référencé comme le beurre, le vin ou le sucre. Il y a ainsi quelque chose de domestique chez Francis Raynaud. Il est de ceux qui font magie et poésie de ce qui habite leur réalité, simplement et logiquement.
Les flots que navigue Francis Raynaud seraient de vin, donc. La mer vineuse du jeune artiste est une invitation à l’ivresse, ce voyage solitaire en eaux troubles. Et c’est bien une odyssée joyeuse éthylique, heureusement confuse, que postule l’accrochage hirsute et généreux de l’exposition. On plonge, en effet, dans un malstrom référentiel et sémiotique dans lequel se conjuguent, s’égarent et se confrontent des formes aussi hétéroclites : une cuve de récupération des eaux de pluie rehaussée d’une forme de cuivre, un triclinium antique bizarrement haut sur pattes ou encore une toile d’araignée en tôle découpée.
L’exposition est une plongée dans la matière au sens littéral du terme, dans le travail de sculpture car Francis Raynaud revendique bien une posture de l’artiste touche-à-tout engagé, dans son corps et dans ses tripes, dans le geste qui fait forme. Pourtant, cette dernière est toujours mise en jeu dans un univers symbolique qui fonde un récit, résolument intime et ostensiblement viscéral. Il y a, ainsi, quelque chose d’attendrissant, qui fait sourire chez Francis Raynaud mais on s’aperçoit bien vite que le voyage auquel l’artiste nous convie est bien plus périlleux qu’il n’y paraît de prime abord. De là à le taxer de machiavélisme, il n’y a qu’un pas.
Et l’exposition de se dérouler comme une tragédie classique où protagonistes et décors s’engagent dans une danse hasardeuse. Ces œuvres iconoclastes deviennent poèmes-objets à l’apparente simplicité qui, dans leur multiplication goulue, construisent une complexité jubilatoire, une ivresse.

Communiqué de presse de l’exposition



Toujours trouble

L’image a de quoi surprendre : pieds nus sur un sol maculé de tâches, un homme se tient debout, étrangement porté par trois jambes. Fixée avec du gaffer noir, une outre argentée – de celles que dissimule l’habillage carton d’un cubi de vin – équipe le mollet droit de cet individu tripode, tourné vers l’horizon blanc d’une cimaise. Amorce d’un récit aux allures de traversée, l’attirail évoque une perfusion dionysiaque, un goutte-à-goutte éthylique qui marque sans doute la genèse de cette vision trouble d’un corps aux membres dupliqués. Préfiguration d’un naufrage alcoolique dont le white cube serait l’océan ? La question est posée. Toujours est-il que c’est cette incarnation de l’artiste, à la fois héroïque et chancelante, que Francis Raynaud a fait figurer sur le carton d’invitation de son exposition à Passerelle. Emprunté à une description d’Homère, son titre – « La mer vineuse » – accentue l’écho mythologique de la pose ; il signale ces eaux sombres sur lesquelles le travail, mue par une mystérieuse ivresse, chavire.

Dans le centre d’art brestois, le souvenir de cette mise en scène initiale ravive le sentiment toujours trouble d’une instabilité érigée en système. Si l’exposition semble ainsi structurée par un quadrillage de lignes appuyant l’orthogonalité industrielle du lieu, celle-ci est bousculée par l’apparition de masses en équilibre, maintenues dans un état qu’on dirait intermédiaire, entre effets d’éclosion, de dispersion et de chute. Dressés de manière à former un paysage chahuté – un diorama comme le qualifie l’artiste, accentuant ainsi la potentialité narrative du dispositif –, les objets qui y sont agencés s’emploient, eux, à disqualifier toute catégorisation trop stricte de la sculpture. Ici et là, les matériaux ready-made, augmentés ou non, entretiennent un champ de résonance sémantique auquel s’agrègent – tout en dévoyant ainsi leurs caractères mutiques et informes – les modelages, moulages et autres empilements matiéristes.

Face au spectateur, le récit prend corps et soumet à une conversation muette les éléments gravitant autour de cette mer vineuse qui nous est annoncée. Au centre de celle-ci, languit une galère au ventre vide, à la poupe et au mat vaguement anthropomorphes, dont une cuve greffée d’excroissances constitue l’évocation. Suivant des flots aux forces plus allusives que cinétiques, qui conduisent l’œil d’un point à l’autre vers d’hypothétiques situations, l’embarcation est dominée par une sorte d’astre bulbeux, bas-relief au cœur évidé boursouflant l’horizon. Du mur, toujours, s’extirpe un pied en résine, comme ceux qui ponctuent les jambes longilignes et métalliques, posées à la verticale. Ensemble, ils décrivent une constellation fragmentaire, un sens dessus-dessous du corps dont on palpe encore l’agitation saoule. L’immobile voyage se brouille à mesure que s’égrainent les cubi vides, que surgissent les rochers aux angles arrondis, les fenêtres découvrant des ailleurs qui composent son décor entropique. À l’autre extrémité de la salle, comme un paysage resserré, s’élèvent trois tables formant un U où s’amoncèlent les coquilles d’ormeaux qui y ont été abandonnées. Au sol, sous ce triclinium clinique, une série d’outres gonflées, tels de clinquants coussins d’autel, portent chacune sur elle une coquille exposée côté nacre. Dans cet univers renversé, le flacon finirait par valoir autant que l’ivresse.

De fait, et malgré la trame antique, les échos rabelaisiens et les accointances de sens qu’entretiennent les objets, l’entreprise interprétative semble ici définitivement vouée à l’échec, éclipsée par les enjeux formels qu’ils manifestent. Une relation d’incidence s’établit entre les éléments, mais la trame ourdie par l’artiste, comme si elle-même était la première victime des vapeurs alcooliques promises, finit immanquablement par bégayer. Elle ne trouve alors plus rien d’autre à dire et à redire que révéler le besoin de contraindre la matière à ses désirs, à l’assouvissement de son addiction. Cela ne retire aucune substance aux œuvres : c’est au contraire une cohérence invisible qui y infuse et trace un réseau d’influences fantômes, dont le geste porte la mémoire hantée. Tout ce que regarde, lit ou avale Francis Raynaud termine son chemin en sculpture et perce à leur surface. À l’image de la toile d’Arachné, dont il a matérialisé une version inspirée par un tableau de Véronèse, ou des gants rose de ménage encore maculés d’enduits, le travail exprime sa capacité d’absorption, son besoin de rétention. C’est là son régime d’existence : comme une médiation, un trait d’union entre l’artiste et les réalités qui l’entourent.

Animant sa production dans ses dimensions tant théoriques que formelles, ce principe de capillarité soutient une logique de métamorphose qui, de manière récurrente, caractérise l’approche sculpturale de Francis Raynaud. On pense ainsi à l’éponge, au sucre ou au beurre – fréquemment utilisés dans la composition de ses objets -, des éléments instables dont le devenir informe contamine leur environnement d’un sursaut d’aléatoire. Il y a une dynamique perpétuelle d’indétermination dans cette manière de faire de la sculpture, et sa finalité critique ne semble pas tant être dirigée contre l’institution que vers le spectateur, invité à partager une expérience intrusive et dégénérescente de la matière. Le parallèle avec la fonction métabolique du corps n’a ici rien d’anodin pour cet artiste ayant reçu une formation de cuisinier ; on pourrait même se demander si le corps, chez lui, ne constitue pas le support ultime de l’œuvre, dans une pratique inversée de l’art corporel. Ses expositions s’adressent ainsi non seulement aux sens, mais suggèrent une forme altérée de perception, laquelle s’incarne dans cette référence répétée à l’alcool, circulant à la surface des pièces où il s’infiltre comme dans les organes du public-consommateur. Dans cette familiarité confuse qui unit les œuvres et le public, les changements d’états exacerbent les phénomènes d’étrangeté, conduisent à l’impossible définition de la profonde nature des choses.

Au moment de conclure, me revient en tête le titre que Francis Raynaud a donné à son installation tripartite, sur laquelle s’élève des monticules d’ormeaux. Ce titre, Mimicry, est un terme utilisé en biologie pour désigner l’aptitude mimétique de certaines espèces d’insectes. Pour échapper à leur prédateur, celles-ci adoptent la couleur d’une feuille, d’une branche ou d’une pierre afin de se confondre à leur teinte. Cette technique de disparition fut reprise par Roger Caillois dans sa célèbre théorie du jeu ; l’auteur s’est servi de cette idée pour décrire un type d’activité fondée sur la simulation, dans laquelle le joueur endosse un rôle, s’oubliant soi pour un temps. C’est là jouer comme incarner, comme le jeu auquel l’acteur se livre.
Je repense alors à l’image du carton, au rôle que s’est choisi de jouer cet homme un peu grotesque, esseulé dans ce décor presque stérile. Son outre vineuse m’apparaît cette fois comme une bouée ; il devra maintenant se confronter aux euphories destructrices qu’elle pourrait lui faire traverser.

Franck Balland, 2016



Télécharger le Reader de l’exposition (document de médiation réalisé par le service des publics de Passerelle centre d’art contemporain) : Reader « La mer vineuse » Francis Raynaud



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La danse du nuage
Du temps et de l’espace sculpté

Jumelage entre le Collège François Collobert, Pont de Buis et Passerelle Centre d’art, Brest.
Année 2, séquence 1/3, 2015-­2016

Depuis quelques jours, un étrange objet a pris place dans le hall du collège. Sur le mur à côté, un ensemble multicolore de post‐it annotés, quelques dessins et des collages semblent indiquer plusieurs destinations. S’agit‐il d’une sculpture, d’un élément de décor, d’un accessoire ou d’un fétiche ?
« Je passe devant chaque jour et chaque jour je m’interroge, imagine et réinvente. De multiples scénarios sont possibles, contradictoires et complémentaires. Cet objet est tout cela à la fois : rocher en forme de hanche, vide blanc, nuage ou météorite. »

Les élèves de sixième du collège François Collobert de Pont de Buis et l’artiste Francis Raynaud préparent une performance qui aura lieu le mercredi 16 décembre 2015 à la sonnerie de midi moins dix. Durant quelques minutes et quelques pas, un groupe d’élève effectuera une danse du nuage. Ensemble de gestes et de pensées communes, ils déplaceront de main en main la sculpture de Francis dans les couloirs du collège. Une procession bouillonnante et féerique se formera ainsi autour de l’oeuvre. D’autres élèves du collège, sans savoir pourquoi, se laisseront alors emporter par ce flot.

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Un mariage, Le Rectangle, Bruxelles, 2015

« l’imminence d’une révélation qui ne se fait pas » *

Un mariage, installation composée de pièces fictives et non fictives.
Quand Francis Raynaud a commencé de travailler sur Un mariage, une image lui est venue à propos de travaux plus anciens contenant de l’alcool, souvent du vin. Une photo de policiers américains vidant des tonneaux de spiritueux frelatés pendant la prohibition. Certaines pièces de l’artiste pourraient en effet être des subterfuges, des passeurs d’alcools ou des sculptures africaines pleines de drogues. L’ambiguïté est dans chaque objet et chaque matériau. Il existe un grand nombre d’image de ce genre illustrant ce mythe de Sisyphe américain. On pensera à l’iconographie policière, aux saisies des stups ou même aux mecs des Baumettes exhibant argent, shit et téléphones portables.

Finalement, tout le monde a quelque chose à montrer.

*J.L.Borges

1
Photographie de policiers détruisant de l’alcool frelaté,
trouvée sur internet, impression 252 x 374 cm, 2015
1B
Photographie de policiers détruisant de l’alcool frelaté,
trouvée sur internet, impression 252 x 374 cm, 2015 (de nuit)
3
Vue de l’exposition Un mariage, mdf et vin rouge biologique, 2015
5
Sans titre, mdf et vin rouge biologique, cheveux synthétique et tirage dos-bleu contre-collé sur socle, 2015
4
Sans titre, tirage dos-bleu contre-collé sur socle, 2015 
2
Sans titre, cheveux synthétique, 2015

Foresta Dina, Les ateliers, Clermont-Ferrand, 2014-2015.

Foresta dina est l’installation de plusieurs objets et sculptures, inspirée des absences de la biographie de Dina Dreyfus. Plusieurs éléments ont été prélevés des ateliers, frigo, socles… Un fil est tendu sur la moitié de l’espace de l’exposition sur lequel sont accrochés deux rideaux de douche, l’un est peint, l’autre immaculé. Les anneaux sont moulés. A l’extrémité du mur, une reproduction d’un dessin de Gary Larson, early vegetarians returning from the kill, ou l’on voit un groupe d’hommes des cavernes, pelle à la main, revenant de la forêt en portant une carotte géante au-dessus de leur tête.

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Foresta Dina, impression numérique sur papier photo satiné
contrecollé sur Dibond, 29,7x 21 cm, 2014
 
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Early vegetarians returning from the kill, graphite sur mur, 2014
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Vue de l’exposition Foresta Dina
, sable et maïzena, 2014
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Vue de l’exposition Foresta Dina, résine polyester et sucre, 2013
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Vue de l’exposition Foresta Dina
 
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Vue de l’exposition Foresta Dina
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Sans titre, mdf et vin rouge, 2014



Francis Raynaud – Alchimies Instables

Au départ il y a la matière, une pâte, épaisse et collante, qu’il faut pétrir de ses mains. Francis Raynaud extrait de ses étranges mixtures des formes fragiles et   organiques. La matière est   présente, vivante, informe et disgracieuse. Elle jaillit et coexiste avec divers objets dans un environnement chaque fois réinventé. L’artiste entretient une relation singulière avec les matériaux qu’il choisit et s’approprie. Des ingrédients insolites comme le vin, la margarine, le beurre ou encore le sucre ou la Maïzena, qu’il mélange au béton, au plastique, au plâtre ou au bois. L’aliment fusionne avec des matériaux associés à la construction, au bâti et au bricolage. Une combinaison de deux pôles matériels issus de l’habitat, de la sphère domestique, à la fois vue de l’intérieur et l’extérieur.

Chaque matériau possède ses propres propriétés, effets et densités. Ils impliquent également une gestuelle spécifique : concasser, broyer, moudre, fondre, écraser. Les mélanges ( extra ) ordinaires induisent une réflexion sur la fragilité de l’œuvre, son éphémérité et ses variations dans la durée. La présence d’aliments induit une possible moisissure, qui viendra augmenter et réenvisager la forme originelle. Des aliments qui peuvent aussi être amenés à se désagréger, voire à disparaître. Francis Raynaud crée des sculptures de type évolutives, elles interagissent avec leur environnement direct : températures, humidité, durées de l’exposition, passage des visiteurs, etc. Autant de facteurs qui favorisent les métamorphoses, les accidents et les imprévus. C’est justement ces imprévus qui intéressent l’artiste, le caractère mouvant et imprévisible de ses recettes fait intégralement partie du processus créatif. Du point de vue formel, nous percevons une négligence assumée, voire revendiquée. Il laisse les matériaux vivre et en constate les mutations, les altérations. Il est à la fois le créateur et le spectateur de son œuvre.

Le choix des matériaux traduit une relation sensible avec le visiteur. Les aliments notamment font appel à une mémoire collective et personnelle, aux souvenirs, aux expériences. Les formes, les odeurs, les recettes saugrenues et les goûts traversent les esprits. Le caractère culinaire et gustatif des matériaux nous fait entrer dans une sphère sensorielle où le corps et les sens primaires sont mis à contribution. Lorsque

Le visiteur est informé des mixtures, immédiatement un rapport physique est instauré avec les œuvres. Cela non seulement grâce au contenu, mais aussi à la forme et à l’aspect extérieur. L’informité des éléments sculptés, rend impossible une appréhension frontale, il nous faut alors tourner autour, revenir, se pencher pour en cerner chaque cavité et relief. L’œil ne peut embrasser l’œuvre d’un seul mouvement, le déplacement est imposé.

Les formes malaxées, triturées, s’éloignent de manière radicale de la sculpture traditionnelle, académique. Si elles sont parfois directement posées sur le sol, les sculptures sont aussi présentées sur des socles en bois brute, de simples baguettes de bois ou encore des étagères en métal. L’idée de socle apparaît comme un résidu de la tradition, qui est ici reconceptualisé et détourné. Pour chacune de ses expositions, Francis Raynaud développe une scénographie spécifique. La dichotomie entre noblesse et trivialité y est exacerbée. Il instaure des mises en scène bricolées et minimales, où les sculptures sont présentées sur des étagères en métal triviales, quotidiennes. Francis Raynaud accorde autant d’importance à l’exposition, l’investigation du lieu, qu’aux œuvres individuelles. Celles‑ci fonctionnent via des ensembles hétéroclites au sein de scénographies qui viennent revisiter l’histoire des expositions contemporaines.

Francis Raynaud aborde la création comme une entité imprévisible, mouvante, sans barrière ni conceptions strictement académiques. Il ne fait pas de distinction entre les matériaux ou les mediums employés. La photographie, les ready-mades (une lampe de bureau, vêtements, plaque électrique, diffuseurs de parfums, etc.), le dessin, les éléments naturels et la sculpture. En apportant une vision excentrique ( au sens premier du terme ) de la sculpture, de l’installation et de l’exposition, Francis Raynaud fait bouger les lignes, les conventions et bouscule les habitudes. L’éclatement des catégories, des classifications et des normes fait partie de son processus créatif à travers lequel il impose discrètement une œuvre désinvolte, singulière et dotée d’une remarquable audace.

Julie Crenn, 2012



OF_21.01.2016
Ouest-France, édition Brest, du 21 janvier 2016.