Lina Zegrani-Monro
Née en 1999, vit et travaille à Marseille.
En résidence de avril à juillet 2026.
Je pense mes installations comme des lieux qui en contiennent d’autres : des espaces entrouverts, où les éléments se côtoient comme des composants d’un paysage qui manque de clarté et d’identification. À travers une méthode de montage, de sampling, d’assemblage, j’aborde la notion de lieu comme un processus en mouvement, où les identités se construisent et se négocient. Échappant à toute hiérarchie et à toute classification claire, je remplace l’idée d’un récit linéaire par un langage visuel éclaté, en dialogue avec l’ambiguïté du réel. Nos identités individuelles s’inscrivent dans des géographies parfois brouillées, témoignant d’une difficulté à classer, à ranger, dans un monde où les définitions et les frontières sont de plus en plus floues. Les objets, sons, vidéos et images sont collectés et agencés pour devenir des supports de documentation. Je porte attention aux usages et aux formes que révèlent les logiques de production industrielle, de circulation et d’échange. Certains lexiques que j’utilise s’apparentent à des espaces transitoires, de passage, comme ceux que l’on trouve dans une salle d’attente ou un aéroport. À partir de mobilier domestique, de motifs artificiels qui échouent à incarner leur propre image, d’objets banals, d’éléments trouvés ou standardisés, cette « archéologie du maintenant » me permet de dresser un inventaire qui interroge des notions d’authenticité, de déplacement ou d’appartenance à des lieux.
Chaque installation devient un espace d’accueil temporaire, où des éléments déplacés cohabitent. Les éléments se font des échos par des récurrences de formes et de motifs. Des objets fabriqués se perdent au milieu des objets glanés, comme une stratégie adaptative ou un besoin de se fondre dans son propre contexte. Ces espaces s’imbriquent à l’intérieur de chacun comme des poupées russes. Ce sont des espaces poreux, malléables, faits de bric-à-brac ordonné ou dépouillé. Un fil de pensée recoupé qui peut être rejoué à l’infini, changer complètement de sens, commencer de nouvelles séquences. Tantôt comme des confusions qui remettent en question notre compréhension normale des choses, tantôt comme des hybridations qui rejouent la nature des choses elles-mêmes. Cette construction fragmentée me permet d’interroger nos manières d’habiter.
Vues d’atelier, 29 avril 2026









