Marie Boyer
- Biographie
- Journal de la résidence
- Vue d′exposition à Passerelle
- Texte de Lilian Froger
- Documentation filmée
En résidence de novembre 2024 à janvier 2025.
Marie Boyer est née en 1997, elle vit et travaille à Quimper, elle est diplômée de l’EESAB – Site de Quimper en 2022.
Un chaton dans un gâteau ; des images de dessin-animés ; l’héroïne d’un manga ; un bouquet de fleurs fanées ; des photos d’un été à la plage ; … Ma banque d’images et mes inspirations viennent de registres divers et variés, allant de représentations religieuses à des références de culture pop, de photos de familles à des photos instagram tape-à-l’oeil. Autant de prétextes à peindre et de façons d’appréhender la peinture. Tout mon travail plastique poursuit des questionnements sur ce qu’est la peinture, et de quelle manière, en tant que peintre, je me positionne en regard de ce qu’il s’est fait avant, dans l’histoire de l’art. Le travail que je construis autour, allant de la sculpture à la composition florale, de la pâtisserie à la couture, est une façon de faire proliférer la peinture, de la polliniser sur tous les objets de mon quotidien.
Consulter une documentation du travail de Marie Boyer : https://base.ddabretagne.org/marie-boyer/oeuvres
Vues d’atelier et de montage d’exposition, février 2025




Vues d’atelier, 14 janvier 2025



Vues d’atelier, 13 décembre 2024








Vues d’atelier, 12 novembre 2024.








Vues de l’exposition N’oublie jamais jamais les fleurs, 2025, Passerelle Centre d’art contemporain, Brest.
© Photo : Aurélien Mole – Dans le cadre du programme des Chantiers-Résidence.
Une peinture cash pistache
En matière de peinture, Marie Boyer ne craint pas la figuration. En témoignent les sujets choisis pour ses toiles : une jeune fille prête à engloutir un gigantesque plat de nouilles asiatiques, une main refermée montrant fièrement de multiples bagues et des ongles roses de plus de sept centimètres de long, une autre main qui tient entre ses doigts un morceau de corail recouvert d’algues vertes et roses. Toutes sont réalisées à partir d’images récupérées en ligne, le plus souvent sur les réseaux sociaux, d’où les cadrages caractéristiques des clichés pris avec un téléphone. Même si elle travaille à partir de photographies, elle ne cherche pas l’hyperréalisme à tout prix, ni à copier fidèlement ces images référentes. Il s’agit tout simplement pour l’artiste de puiser des motifs à peindre dans ce stock inépuisable qu’est internet, car les images qu’elle sélectionne correspondent à des envies de peindre, elles ne sont que des prétextes pour saisir ce qu’il advient d’une image quand on en fait une peinture. De là découle son intérêt pour des artistes tels que Roy Lichtenstein qui reprennent et adaptent en peinture des dessins ou des bandes dessinées. Marie Boyer, elle, recopie des captures d’écran d’animes japonais, dont elle réinterprète les couleurs et les effets de brillance, les coiffures lisses et étincelantes des super-héroïnes japonaises formant un exercice pictural idéal. Même chose pour sa série de peintures de perruques, ou bien de gâteaux d’anniversaires qui croulent sous des tonnes de crème pâtissière multicolore (série « Les yeux plus gros que le ventre » débutée en 2022). Que ce soit par le biais de gâteaux, d’ongles manucurés ou de chatons angoras aux yeux clairs, elle tente sans cesse de répondre à cette unique question : est-ce encore vraiment de la figuration quand la forme n’est là que pour elle-même ?
Dans l’exposition N’oublie jamais jamais les fleurs à Passerelle, qui doit son titre à un poème de Richard Brautigan, Marie Boyer a décidé de concentrer son attention sur les motifs floraux : bouquet d’iris violets, cosmos couleur fushia, pissenlits dorés, zinnias couleur saumon, etc. Le thème de la nature morte florale n’est pas fortuit ; il se révèle suffisamment riche et familier du grand public pour amener celui-ci à regarder au-delà de ce qui est représenté, sans se préoccuper de symboles ou de métaphores. De fait, le contenu narratif est ici parfaitement secondaire. Le choix des fleurs est en revanche l’occasion de se confronter aux nombreuses peintures de fleurs déjà existantes que l’artiste a souvent regardées, comme les compositions florales de Raoul Dufy ou d’Henri Matisse. La thématique des fleurs a déjà tellement été traitée qu’elle détermine un cadre esthétique clairement défini – rassurant, même –, à partir duquel rejouer des gestes picturaux préexistants. L’artiste donne d’ailleurs à voir ses propres gestes, exposant aux côtés de ses toiles quelques chiffons, scotchs de protection et papiers de purge, rendant ainsi visibles le processus de la peinture et ses étapes de production.
Pour son exposition à Passerelle, elle poursuit les expérimentations autour de la mise en volume de la peinture qu’elle avait déjà entamées auparavant. La première salle est pensée comme un décor de théâtre, comme si la peinture avait quitté l’espace du mur pour investir celui du spectateur : plutôt que la toile, ce sont désormais des silhouettes de fleurs en bois qui servent de support aux peintures. La tension entre l’espace pictural et l’espace physique y est palpable, l’image mise en volume conservant néanmoins un aspect plat, comme les natures mortes savamment composées par Daniel Gordon qui jouent du contraste entre planéité et profondeur. Disposées dans l’espace, ces fleurs de tailles variées composent un décor de jardin en trompe-l’œil dans lequel le visiteur peut tourner autour des peintures, de la même manière qu’un promeneur circulerait dans les allées ou s’aventurerait entre les buissons et les massifs d’un jardin. Seules les plaques de bois – qui sont les contre-formes des silhouettes de fleurs – restent sobrement adossées aux murs ; rien d’autre n’est accroché. À l’image des œuvres de Rachel de Joode, les fleurs sont autoportantes, avec la volonté affirmée de montrer comment elles tiennent debout. Là encore, il n’y a aucune recherche d’illusionnisme, les fleurs ne sont d’ailleurs jamais réalistes. Par moment, la silhouette en volume évoque la fleur mais le motif peint représente tout autre chose (un coucher de soleil, Hitomi l’héroïne de Cat’s Eye qui répond au téléphone, ou encore le visage larmoyant de Sailor Moon). Sans la contrainte du cadre qui enserre généralement les tableaux, le regard circule d’une fleur à l’autre dans ce vaste ensemble, guidé par les répétitions de formes et de couleurs.
La seconde salle de l’exposition est d’une présentation plus classique, mais elle s’avère particulièrement éclairante de la démarche de Marie Boyer. Elle y présente différentes toiles, toutes aussi colorées que les peintures de la première salle, toujours sur le motif des fleurs : des bouquets fanés, une femme dans un jardin, le drapé de la robe à fleurs d’une danseuse de maloya sur l’île de La Réunion. La diversité des motifs autorise une grande liberté pour peindre, ce dont l’artiste ne se prive pas. Elle conserve ainsi le flou présent sur la photographie de la femme dans son jardin, qu’elle reproduit dans un style réaliste. Elle choisit des images au flash puissant dans la nuit comme modèles pour ses peintures de pissenlits, qui évoquent les tapisseries médiévales au motif de mille-fleurs. Les vases emplis de brassées de fleurs rappellent quant à eux les compositions dépouillées des bouquets peints à l’iPad par David Hockney pour sa série des « Fresh Flowers ». Pour ces dernières peintures, toujours réalisées à l’huile, le choix du papier comme support est guidé par une envie de simplicité et de rapidité (car il n’y a pas de longue préparation comme pour une toile). À l’instar d’artistes tels que Nina Childress ou Matthieu Cossé, la peinture est pour Marie Boyer une évidence, une forme de nécessité à assouvir. Elle épuise ses motifs, ici le thème des fleurs, mais cet épuisement n’est pas une fin, car il invite au contraire au renouvellement constant des formes et des gestes. Il est le signe de la sincérité de la démarche de Marie Boyer, elle aussi nature peinture.
Lilian Froger, 2025
Portrait vidéo de Marie Boyer réalisé pendant la résidence des Chantiers de novembre 2024 à février 2025.
Réalisation : Margaux Germain
Production : Documents d’artistes Bretagne © Passerelle Centre d’Art contemporain et Documents d’Artistes Bretagne, Brest 2025.