Clemence-Esteve

Clémence Estève





Née en 1989 à Marseille, vit et travaille à Rennes

En résidence de Mars à Mai 2017.

Formation
DNSEP, option Art avec les félicitations du jury, EESAB site de Rennes, 2015
DNAP, option Art, EESAB site de Rennes, 2013

Expositions

2017 : Remise en jeu, Hôtel Pasteur, Rennes (suite à la résidence Territoires en création avec La Criée Centre d’art contemporain, Rennes)
A corps et âme, Château de Kerjean, Saint-Vougay

2016 : Loups, une proposition de Jean-Christophe Arcos pour Young International Artists au Musée Cognacq-Jay

2015 : Ruine avec figure, Exposition avec Robin Garnier- Wenisch, galerie du 48, Rennes

2015 : Mettre à jour, septembre 2015, Frac Bretagne, Rennes

2013 : 35 hectares sous la lune, EESAB site Rennes

2013 : Nous ne sommes pas là pour réinventer l’histoire, avec Sophie Kerléaux, Standards, Rennes

2012 : Collectif des 12

Publications
Exigu, Galerie du 48, Rennes 2015

Expériences
Programmation artistique
Membre fondateur du PRATICABLE, Rennes. Espace d’exposition, Depuis 2013

Assistante de Jean-Christophe Arcos, Artothèque de la Biennale de Belleville, 2014


Le musée en chantier

L’espace est en transition, il se compose de divers objets hétéroclites et de photographies présentées au mur ainsi que d’une part importante d’un mobilier dont l’usage strict ne semble avoir été imaginé que dans l’esprit d’une présentation. Ici, c’est un ensemble qui nous attend, un ensemble qui n’impose que par sa présence et qui ne se contente que discrètement de proposer. Proposer une vérité, une lecture, une forme de présentation. À la manière d’un conservateur de musée épuisé par sa propre scénographie, Clémence Estève fait le choix de mêler l’avant et l’après, ce qui ne doit être vu de ce qui est à montrer. Comment donner à voir au spectateur une image depuis longtemps quasi-schématisable d’un musée d’ethnographie ? Nous pourrions nous le figurer sans trop de problèmes, ou sans trop verser dans la caricature : des lumières tamisées, principalement installés dans de grandes vitrines ou se mélangent divers fragments, quelques cartels situant date estimé et lieu de découverte de l’objet auquel ils se rattachent, des murs peints de couleurs sombres ou dans des teintes chaudes pour évoquer une époque ou un pays et quelques lettres de taille admirable découpées dans de l’adhésif noir ponctueraient notre parcours.
Ces codes, Clémence Estève se les approprie et s’en sert comme d’une matière première brute. L’artiste, en jouant de ces vocabulaires instinctifs propres à la scénographie, nous propose une exposition à laquelle nous ne devrions pas assister : mêlant avec brio l’univers du chantier, (et par définition d’un état instable, ou en devenir) et l’intemporel d’un musée qu’elle agence dans une sorte de crash entre deux temporalités qui se distinguent par leurs formes et leurs figurations symboliques. Une table pyramidale sert de support à quelques galets de cire figurant des cartes du ciel : le spectateur s’en approche, peut s’en saisir et les tenir à la lumière, derrière lui, quelques murs fatigués se sont affaissés contre leurs congénères, ils portent des noms, gravés à même leur matière en de belles-lettres manufacturées recouvertes d’une épaisse peinture blanche par un ouvrier pressé et sans doute peu consciencieux.
Véritable laboratoire de formes et d’objets : les oeuvres de Clémence Estève ne sont ici que comme pour nous inviter à la réflexion aux côtés de l’artiste. Est-ce que telle photographie d’un fragment de statue représentant une bouche trouve logiquement sa place sur ce mur, face à cet échafaudage qui lui présente une grande bâche sur laquelle est imprimée l’image d’un penseur de Rodin ? Jonglant entre micro-fictions et grande Histoire, l’artiste interroge les codes de représentations des temporalités et nous donne à réfléchir sur ce que nous voyons et ce que nous voudrions voir, devançant le spectateur dans sa quête de réponses quitte à parfois laisser une impression frustrante de ne pas avoir pu jouir du temps nécessaire pour s’interroger. Un espace en chantier, qui parfois déteint sur les objets qu’il devrait pourtant préserver : un buste est ainsi recouvert de crépis et posé au sol et les carottes de matières ne sont que des photographies enroulées sur elles-mêmes.Une sensation étrange nous parcourt la rétine, celle
d’un bug dans le fil du temps : l’image habituelle et rassurante du musée que nous avons pourtant tant critiquée, n’est plus comme elle devrait être, et ce constat terrible nous pousse dans nos retranchements allant jusqu’à sortir les crocs pour défendre ce que nous n’aurions jamais défendu, et le libertaire se dévoile alors conservateur. Un malaise habile puisqu’il ne nous laisse pas indifférent et semble si bien résonner avec son temps. Les oeuvres de Clémence Estève invitent à la pause, à la réflexion, à ne plus regarder le temps comme une ligne qui passe, mais comme un conglomérat d’histoires de diverses tailles partant toutes d’un même point central : celui de la personne qui les énonce.

Robin Garnier-Wenisch


Clémence Estève observe la circulation des formes et des images entre les époques. Ses œuvres interrogent la manière dont ces signes du passé peuvent être réactualisés et réinvestis de sens, ou encore se gripper dans une tautologie. Ils transitent d’une interprétation à une autre, survivent sous différentes formes et passant de main en main, deviennent le support mouvant et parfois opaque de notre passé. Du mot à la chose et inversement – réécrit, réédité -, il est ici question à la fois de langage, de récit, d’oubli, de mémoire et de conservation.
L’installation Sanza Titolo est un assemblage de temps en réflexion. De Rodin (le penseur) à Manet (la botte d’asperge) en passant par les mathématiques, elle se donne comme un rébus dont la solution se situe entre l’hommage et la circonspection.
Les Paysages figurent des sites par l’inscription gravée de leurs noms dont l’étymologie traduit un pléonasme (la racine pré-latine de Ventoux, par exemple, réfère à la montagne). Répertoriant des matériaux d’un probable édifice historique ou d’une construction à venir (bois, marbre, granit), Carottes télescope le temps et l’espace dans ce qui a l’apparence d’un outil d’archivage autant que d’expérimentation.

Julie Portier, 
Extrait du catalogue d’exposition Mettre à jour


« … inquiétant comme un invité qui s’obstine à rester sans rien dire là où on n’a pas besoin de lui… »
Roland Barthes in L’Obvie et l’Obtus. Essais critiques 3, éditions du Seuil, 1982

RECHERCHES


RÉFÉRENCES

Séminaire avec Geoges Didi-Huberman: Oscillations du chagrin. Roland Barthes devant la femme qui pleure. École arts visuels UQAM

> Boris Groys : Le musée au prisme de la communication


TRAVAUX DE DIPLÔME

(DNSEP option Art – EESAB site de Rennes, 2015)

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Vue des enfants sur le chantier de l’Hôtel Dieu

Remise en jeu
Ce projet s’appuie sur un partenariat inédit entre l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) et La Criée, autour de l’accueil d’une artiste en résidence sur le chantier de fouilles de l’hôtel Dieu, ilôt de la Cochardière à Rennes, en lien avec une classe de CM1 du territoire rennais.

Pour sa résidence, la jeune artiste rennaise Clémence Estève a imaginé le projet Remise en jeu. Celui-ci s’inspire de récits archéologiques qui ont mis en lumière les écarts d’interprétation possibles entre les utilisations et fonctions réelles des objets découverts et les hypothèses soulevées par les archéologues. L’artiste propose de questionner cette notion d’erreur avec les élèves, en les invitant à créer des « éléments parasites » pouvant donner lieu à diverses lectures ou interprétations du chantier de fouilles de l’hôtel Dieu.

En associant art et archéologie, ce projet innovant cherche à lier compréhension du monde et des hommes, et développement de la créativité pour chaque enfant. Il offre l’opportunité de croiser les disciplines de recherche, de révéler la singularité et peut être la porosité des langages scientifique et artistique. Le projet prévoit la fréquentation de lieux artistiques et culturels, des visites du chantier de fouilles, des temps de rencontre et d’échange avec des professionnels de l’archéologie. Il prévoit également de tisser des liens avec les différents acteurs du territoire, autour du processus de création et de la diffusion de l’œuvre qui sera créée.

Découvrez les étapes du projet sur le blog de la Criée

Ce projet est porté par La Criée, en partenariat avec l’Inrap, l’école élémentaire Torigné et l’académie de Rennes. Il reçoit le soutien du ministère de la Culture et de la Communication / Drac Bretagne et de la ville de Rennes.


Rendez-vous :

Vernissage de l’exposition Remise en jeu : jeudi 6 avril à 17h30 à l’hôtel Pasteur
exposition du 7 au 23 avril à l’hôtel Pasteur.
2 place Pasteur, 35000 Rennes.
Entrée libre. Accès métro République


Web_Muse_endormie_Kerjean

« A corps & âme, la médecine à la Renaissance », exposition collective au Château de Kerjean,
EPCC Chemins du patrimoine en Finistère. Du 8 avril au 5 novembre 2017.
Infos : http://www.cdp29.fr/fr/agenda/view/357/a-corps-et-ame/

Un acte d’air.

La pièce proposée pour l’exposition est un pneumatique en pvc sur lequel est imprimée une image de la muse endormie de Brancusi. Le pneumatique se gonfle et se dégonfle pour laisser échapper un peu d’air, comme une respiration très longue. Un photomontage est réalisé sur l’image représentant la muse endormie, simulant son réveil 117 ans plus tard. Son regard louche, il dévoile des yeux au strabisme divergent.

Roland Barthes dans son livre Roland Barthes par Roland Barthes, évoque la notion de strabisme dans son passage sur l’autonymie, le strabisme est vu comme un double divergent, comme un coiffeur qui va se faire coiffer, un cinéaste qui voit des films, un écrivain qui lit des livres. Une sorte d’opération en boucle, une surimpression inversée. Ici, le regard de la muse s’ouvre et diverge comme pour nous montrer le rapprochement ainsi que l’écart entre la citation et le détournement de l’oeuvre.